TVA à 20 % : merci Bruxelles, merci Paris

Jusqu’ici, l’abonnement à l’électricité (la part fixe de votre facture) bénéficiait d’une TVA réduite à 5,5 %. Un petit bonus pour faire croire qu’on pensait aux plus modestes. Mais c’est terminé. À partir du 1er août, la TVA passe à 20 % sur l’abonnement, comme sur le reste. Officiellement, c’est pour se conformer au droit européen. En réalité, c’est une manière polie de dire : « débrouillez-vous avec votre facture, nous on encaisse ».
Et pour faire passer la pilule, on nous sort la carte de la “neutralité fiscale” : oui, la taxe sur la consommation (l'accise) baisse de 33,70 à 29,98 €/MWh. Sauf que cette baisse est invisible pour une majorité d'usagers. Parce que ce n’est pas votre chauffe-eau qui coûte cher. C’est d’avoir le droit de le brancher.
L’abonnement augmente, même si vous ne consommez rien
Ce qui change vraiment, c’est la logique. Avant, plus on consommait, plus on payait. Logique. Mais maintenant, même si vous ne consommez presque rien, l’abonnement augmente. Une petite résidence secondaire, un local de stockage, une colocation vide en été ? Hop, +12 % de hausse d’abonnement.
Pour beaucoup, c’est une hausse de 20 € par an. Ce n’est pas énorme, mais c’est pour rien. Juste pour avoir le droit d’être relié au réseau. Et ça, c’est une arnaque à peine déguisée.
Les petits paient pour les gros
Les gros consommateurs — maisons chauffées à l’électricité, piscines, voitures électriques — verront leur facture baisser légèrement. Pourquoi ? Parce que le prix du kWh baisse de 3 %. Ce sont donc les petits usagers qui paient l’ajustement.
On vous explique ça doctement dans des communiqués : “c’est une évolution neutre pour la majorité des ménages”. Traduction : “c’est surtout neutre pour ceux qui consomment beaucoup”. Le gars qui a installé 8 radiateurs et 12 écrans plats ? Il va être ravi. La mamie qui vit seule dans un T2 mal isolé ? Moins.
Mais où va notre argent ?
On ne cesse de nous parler d’“investissements pour le réseau”, de “transition énergétique” ou de “maintien du parc nucléaire”. Sauf que les hausses s’enchaînent et on n’a jamais autant eu de coupures, de pannes, ou de projets reportés.
Sans parler de la part croissante des taxes dans votre facture : 40 % à 50 % du total, selon les estimations. Entre la TVA, l’accise, la CSPE, le TURPE et les autres sigles kafkaïens, on ne sait plus si on paie pour de l’énergie ou pour alimenter une machine administrative gloutonne.
Et vous, vous allez faire quoi ?
Réduire votre consommation ? Trop tard. Ce n’est plus ce que vous consommez qui coûte cher. C’est le fait d’être là, de respirer, d’habiter quelque part. Débrancher votre frigo ? Vous paierez quand même. Quitter EDF ? Peut-être, mais les autres fournisseurs font exactement pareil, avec parfois des hausses pires encore.
Alors on attend, résignés. Comme d’habitude. En se disant que c’est peut-être la dernière fois qu’on pourra charger le téléphone sans culpabiliser.
À quand le compteur à pièces dans les logements sociaux ?
On est en 2025, et chaque hausse est vendue comme une mesure de justice. Une justice fiscale, environnementale, sociale. Sauf que le citoyen moyen commence à flairer l’arnaque. Il sent que derrière les “ajustements techniques”, il y a un bon vieux racket fiscal maquillé avec des mots doux.
Le prochain qui parle de “neutralité tarifaire” aura droit à un cours intensif sur l’ironie. À la bougie.
Exemple concret
Prenons deux exemples concrets pour illustrer les effets très inégaux de la nouvelle tarification électrique au 1er août.
D’un côté, une personne vivant dans un studio, ou utilisant un petit logement comme résidence secondaire. Elle est abonnée en 6 kVA, consomme peu : autour de 1 000 kWh par an. Avant la réforme, elle payait environ 150 € d’abonnement par an, et 206 € pour sa consommation. Soit une facture globale autour de 356 €. Après le 1er août, son abonnement grimpe à 168 € (+12 %), et la consommation baisse légèrement à 195 € grâce à la baisse du prix du kWh. Résultat ? Elle paiera environ 363 € par an. Une hausse discrète de 7 euros. Pas dramatique, mais symbolique : même en faisant attention, la facture monte.
Maintenant, imaginons une famille vivant dans une maison tout-électrique. Abonnement en 9 kVA, chauffage, voiture branchée tous les soirs, conso annuelle autour de 10 000 kWh. Avant la réforme, elle s’en sortait pour environ 2 252 € par an. Après l’ajustement, l’abonnement monte à 213 €, mais la consommation chute à 1 952 € grâce à la baisse du prix du kWh. Résultat ? Une facture qui descend à 2 165 €. Cette famille gagne 87 € sans rien changer à ses habitudes.
Autrement dit, les petits usagers paient un peu plus pour que les gros consomment un peu moins cher.
Morale du calcul
Ce changement pénalise les petits consommateurs, souvent les plus précaires, les plus économes ou ceux qui ont des logements peu occupés. En revanche, il avantage les gros consommateurs, qui bénéficient de la baisse du prix du kWh.
C’est exactement l’inverse d’une logique écologique ou sociale.